Tu veux jouer avec moi ?

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août 15, 2018
5/09/2018


«Tu veux jouer avec moi ?»
«Je travaille là.»
«Quand tu arrêtes de travailler alors ?»
«Je n’arrête jamais de travailler.»
«Oh :-( »

Ce dialogue est extrait d’une scène du Merveilleux Magasin de Mr Magorium, un film américain réalisé par Zach Helm en 2007, dans lequel un enfant demande à un adulte de manière tellement naturelle et spontanée de jouer avec lui mais se voit refuser sa demande sous prétexte qu’il doit toujours travailler.

La société d’aujourd’hui donne peu d’importance au jeu parce qu’on pense qu’il n’est pas productif. De nos jours ce sont surtout les enfants qui en souffrent car ils ont de moins en moins de temps pour jouer librement par rapport au passé. Les enfants font beaucoup d’activités après l’école. Ils suivent des cours pour apprendre un sport, apprendre à jouer d’un instrument musical, apprendre une langue étrangère ou acquérir des compétences créatives et artistiques presque tous les après-midi. Tous les moments libres sont organisés dans le but de leur offrir une plus grande possibilité d’expérimenter et de grandir. Si d’un côté ce désir montre que l’on prête de plus en plus attention au développement harmonieux du potentiel de chaque enfant, il est tout de même important de ne pas oublier de laisser à l’enfant des espaces et des moments de liberté qui lui permettront d’expérimenter en suivant ses inclinations et d’apprendre à se connaître également à travers des jeux qui laissent libre cours à son imagination.
De nos jours, il n’y a pas que les enfants mais il y a aussi les adultes qui ont moins de temps à consacrer au jeu. Ils sont tellement pris par leur travail, de plus en plus intrusif à cause des outils numériques qu’ils emportent partout et qui donnent par moments une sensation d’ubiquité qui nuit à la sensation d’être réellement ensemble.

Ça n’a pas toujours été le cas, dès l’antiquité l’importance du jeu se déclinait sous forme de participation aux rites, aux cultes, aux fêtes et à tous les regroupements sociaux collectifs qui dans l’histoire de l’humanité ont donné lieu à la naissance de civilisations. Comme l’affirme Johan Huizinga, historien néerlandais et l’un des plus grands chercheurs concernant la relation entre culture et jeu, dans son ouvrage“Homo ludens” : “La vie sociale se manifeste sous des formes supra-biologiques qui lui confèrent une dignité supérieure figurée par les jeux. Dans ces jeux, la communauté exprime son interprétation de la vie et du monde. Il ne faut donc pas entendre que le jeu se transforme ou se convertit en culture, mais bien plutôt que la culture, dans ses phases primitives, porte les traits d’un jeu.”

L’adulte, de nos jours, a mis de côté cette dimension fondamentale pour son propre bien-être et pour celui des personnes qui l’entourent en laissant à des spécialistes le soin d’organiser les activités ludiques en dehors du milieu familial.

Recommencer à jouer peut être difficile surtout avec ses enfants mais le jeu en vaut la chandelle, car c’est l’occasion pour ranimer un penchant pour le jeu, l’expérimentation, l’exploration que l’on nous demande souvent de mettre de côté pour devenir grands.
Le jeu est un langage, une manière de communiquer qui permet d’être ensemble en vivant des moments de bien-être et de développement d’un point de vue cognitif, émotionnel et relationnel pour nos enfants et pour nous.

Maria Cristina Debenedetti

Architetto, educatrice e cultrice della materia in Pedagogia del gioco
presso il Dipartimento di Scienze Umane per la Formazione dell'Università di Milano-Bicocca.

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