Trachinzol et le Dragon ailé

Aider ou ne pas aider, voilà le problème
juin 5, 2018
27/09/2017


Trachinzol

Au pays de Tentaculus, vivait un enfant qui répondait au nom de Trachinzol et dont le vœu le plus cher était celui d’apprendre à voler. Sa grand-mère, qui était très sage, lui répétait souvent que les enfants n’étaient pas faits pour voler. Les enfants, il est vrai, n’ont pas d’ailes, et lui était effectivement un enfant, il était donc peu probable qu’il puisse un jour prendre son envol. Mais Trachinzol ne se décourageait pas et tous les soirs il bricolait des machines improbables qu’il essayait le lendemain matin, sur la colline qui surplombait la ville. Chaque fois, ses machines finissaient par s’écraser dans la pente et il retournait à la maison avec une blessure en plus sur le visage. Trachinzol n’aimait pas beaucoup fréquenter ses camarades et préférait jouer au port de la ville avec son ami Paco, un jeune poulpe provenant de Quator, un pays d’outre-mer.
C’est de là, d’ailleurs, que provenait le nom de Tentaculus: de nombreuses années auparavant, un banc de poulpes aux longs tentacules, avait accosté sur les rives de la ville après avoir traversé toute la mer. Paco y vivait avec sa famille depuis onze ans déjà et il avait le même âge que Trachinzol.

Une rencontre mystérieuse

Un jour qu’ils jouaient au ballon près du port, un homme vêtu d’un manteau noir, le visage caché, se dirigea vers eux et leur dit avec une voix terrible: «Au-delà de la mer, plus loin que le pays de Quator, se trouve la ville des immenses tours. Le ciel y rougeoie en permanence car un dragon ailé survole le pays en crachant du feu, pour protéger un vieux trésor qui fut déposé, il y a des millions d’années, en haut de la tour la plus haute, celle qui porte le nom de Aria. Si vous m’aidez à rejoindre ce pays, je vous promets de l’or et des richesses infinies!» Trachinzol et Paco écoutèrent en silence le mystérieux vagabond, puis, Trachinzol lui demanda: «A-t-on jamais réussi à chevaucher le dragon et à voler dans le ciel flamboyant?»
De toutes les questions qu’on aurait pu lui poser, celle-ci était sans aucun doute celle à laquelle le vagabond s’attendait le moins: «Pas que je sache, jeune homme, personne n’a jamais réussi à dompter la créature des cieux, on dit même qu’il est impossible de l’approcher, et tous ceux qui ont tenté de le faire n’ont pas pu le raconter». Les mots du vagabond n’effrayaient pas pour autant Trachinzol, qui rêvait toujours de voler et qui était bien déterminé à y arriver d’une manière ou d’une autre.
Décidé à se lancer dans cette aventure, il demanda d’abord à Paco s’il était prêt à les guider à travers les mers, puis alla préparer son sac à dos. L’homme au manteau noir et l’enfant levèrent l’ancre la nuit même. L’homme au manteau noir s’appelait Caleo, c’était un marchand et cela faisait plus de trois mois qu’il voyageait. Une nuit, il raconta son histoire à Trachinzol:
«J’erre désormais depuis des mois, de ville en ville, d’un pays à l’autre; je viens d’une contrée très lointaine et je me suis mis en voyage pour sauver mon peuple d’une horrible maladie, la Locarie du Sable. Le seul remède capable de guérir cette maladie est une poudre extrêmement rare à base de cristaux Magenta, et, à en croire la légende, notre trésor en regorge».

La ville des immenses tours

Les vagues entravèrent leur voyage, les courants et un épais brouillard rendirent la navigation difficile. Grâce à Paco, les deux compagnons finirent pas atteindre la ville des immenses tours et accostèrent leur petit radeau à une bitte d’amarrage, dans le port.
Paco supplia son ami de faire bien attention et de ne pas commettre d’imprudences, il l’attendrait là. Trachinzol leva les yeux au ciel et dit à son ami: «Ne t’inquiète pas Paco, la prochaine fois que tu me verras, ce sera là-haut… », et il ajouta, en montrant le ciel du doigt, «à cheval d’un dragon!» Puis, il tourna les talons et s’éloigna; à chaque pas, son ombre s’allongeait davantage et finit par disparaître.
Ils arrivèrent au pied de la tour Aria. Elle était vraiment très haute, si haute que l’on n’en n’apercevait pas le sommet.
Ils réfléchirent à une tactique pour la gravir: Caleo possédait de vieux piquets et une corde robuste avec laquelle ils s’encordèrent solidement par la taille avant d’entamer leur longue ascension.

La terrible créature

Lorsqu’ils atteignirent le sommer, dans un coffre, ils virent le trésor qui brillait d’une lumière aveuglante. Trachinzol le montra immédiatement à Caleo et dit: «Cours, saisis-le, je te couvre!» Mais dès que Caleo se lança, une ombre venue du ciel les plongea dans les ténèbres et un cri strident fit trembler la tour: «Le dragon!» s’écria Trachinzol.
Il était aussi grand qu’effrayant, crachait du feu par la bouche et ses griffes étaient terriblement longues. Il volait entre les nuages avec une telle grâce qu’il semblait vraiment le roi du ciel. Terrorisés, nos pauvres compagnons tentèrent de se cacher en vain sous le manteau de Caleo. Le dragon les aperçut et se lança vers eux.
«Nous sommes finis» dit Caleo, «je suis navré de d’avoir emmené dans cette tragique aventure, je n’aurais pas dû…»
Dès qu’il se tut, ils sentirent tout prêt d’eux le poids des grandes ailes, et lorsqu’ils soulevèrent le manteau ils se trouvèrent nez à nez avec la terrible créature. Elle était gigantesque, sa peau était recouverte d’écailles et de pustules rugueuses, sa queue était puissante et ses dents longues et pointues. Tachinzol eut si peur d’être brûlé vif qu’il se mit à hurler, mais le dragon dit en montrant sa grosse langue:
«J’ai une soif terrible, j’ai la gorge en feu depuis des siècles et des siècles, vous n’auriez pas un peu d’eau fraîche? Je vous en supplie! Personne ne m’a jamais donné d’eau fraîche, je vous en conjure, aidez-moi!»
Trachinzol et Caleo cessèrent de trembler et se regardèrent, pensant tous deux qu’il s’agissait certainement d’un piège. Ils ne pouvaient pas croire que ce gigantesque dragon volait en crachant du feu depuis des siècles uniquement parce que personne n’avait jamais eu le courage de lui donner de l’eau.
Il était pourtant là, devant eux, avec son énorme langue qui pendait jusqu’à terre, la respiration courte et le regard lamentable. Trachinzol prit son courage à deux mains et s’approcha.
Caleo lui hurla de ne pas s’approcher, de rester là: «Tu ne vas tout de même pas faire confiance à cette horrible créature, elle est trop effrayante, elle a un air diabolique» dit-il. Mais Trachinzol n’avait plus peur, son grand-père Serafio lui avait dit un jour que souvent ce qui fait peur aux yeux ne fait pas peur au cœur!

Le roi de l’azur

Il s’approcha donc, ouvrit son sac, prit de l’eau et la lui tendit. Le dragon cligna des yeux et attrapa maladroitement la bouteille qu’il vida d’un trait. Soudain, sa gueule changea de couleur et s’adoucit, les pustules s’aplatirent pour former de petites bosses.
Ce dragon qui était si laid et qui faisait si peur à tout le monde, avait en réalité besoin d’aide. Il s’affaissa aux pieds de Trachinzol et le remercia. Voici ce qu’il lui dit: «Mille ans ont passé et tu es le seul à m’avoir écouté, à m’avoir cru et à ne pas avoir essayé de me tuer. Le trésor t’appartient!»
Trachinzol, après avoir écouté, répondit: «Mon ami dragon, tes mots me flattent mais je te demande de donner le trésor à mon ami Caleo, avec ces diamants, il pourra sauver sa famille. Moi, je n’en ferais rien de tout cet or et de ces pierres précieuses, en revanche je te demande de m’accorder une autre récompense… » Le dragon répondit: «Dis-moi mon garçon, je t’écoute». Sur ce, l’enfant poursuivit: «Moi, je ne désire qu’une chose, voler dans le ciel, je voudrais monter sur ton dos et voler avec toi dans les nuages».
Alors le dragon se retourna vers Caleo: «Prends le trésor, il est à toi, et sauve ton peuple!» Puis il se tapit devant Trachinzol et lui dit «Monte!»
Alors que Paco levait les yeux, il vit son ami filer à toute vitesse dans le ciel, à cheval du dragon.
Il volait libre et heureux entre les nuages, le vent secouait ses cheveux et son visage était fier et décidé.
Il avait l’air d’être né pour voler. Trachinzol venait de réaliser son rêve!

Valentina Luzi

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