Récit: Le-premier-jour-de

Pinnocchio
avril 5, 2018
12/09/2017


Luna et moi

Cela fait des mois que Luna et moi attendons. Quoi? Ben, le-premier-jour-de! Evidemment!

Et nos grands-parents aussi attendent tous les quatre impatiemment. Ils n’arrêtent pas de répéter, avec des mines louches: - Vous verrez comme ça sera bien le-premier-jour-de! Et comme vous serez émus! Que de souvenirs vous garderez du-premier-jour-de!

-Mais le premier-jour-de-quoi? – nous nous demandons avec Luna.

En grand secret, nous nous le demandons tous les soirs, avant de dormir. Nous n’osons pas le demander aux adultes, parce qu’ils sont convaincus que nous le savons déjà depuis longtemps.

C’est pour ça que nous avons décidé, avec Luna, de faire comme papa quand quelqu’un se hasarde à lui demander comment va son travail et sa vie. Pour toute réponse, papa lève les épaules vers la lampe, les yeux au ciel et les sourcils vers le plafond et prend un air tellement pensif et absorbé, que ses yeux sont plus denses que le lait au cacao qu’il nous prépare tous les matins.Quand nous entendons quelqu’un prononcer la phrase fatidique, le-premier-jour-de, nous imitons papa. Nous avons un certain talent: on dirait lui.

Les pas-conseils de Mémé Charlotte

Mémé Charlotte nous en parle tout le temps: elle a l’air inquiète, terriblement inquiète. Elle nous donne un tas de conseils sur ce qu’il ne faut pas porter, ce dont il ne faut pas avoir l’air, ce qu’il ne faut pas dire et pas faire. Mais vous croyez qu’elle nous dirait à quoi nous attendre de notre premier-jour-de et en quoi il consiste… mais quoi au juste?

Hier, en caressant nos têtes de jumeaux, presque identiques, Mémé Charlotte nous a offert deux grands sacs à dos résistants.

Grande confusion!

Donc, une chose est certaine, le-premier-jour-de sera une aventure.

Mémé a choisi le sac bleu pour moi et un violet et orangé, pour Luna.

- Le bleu, c’est pour les garçons, Luca. Le violet… pour les filles – a-t-elle murmuré, toute contente de son choix.

- Mais les couleurs sont à tout le monde, Mémé – a répliqué Luna. – Même les enfants le savent.

Oui, nous par exemple c’est maman qui nous le répète tout le temps. D’ailleurs, la preuve, c’est que nous allons échanger les sacs: en plus, moi j’adore le violet et Luna le bleu.

Mémé Charlotte, elle, ne s’en rappelle pas ou ne le sait pas, parce qu’elle pense comme une grand-mère. Elle embrouille tout en somme… Pire qu’avec nos noms!

Que de patience il faut avoir avec les grandes personnes… elles sont grandes, mais quelle confusion!

Obéissance et courage

Chaque fois que nous demandons à Mémé Charlotte, par exemple, des précisions sur le premier-jour-de, elle prend un air mystérieux et nous répond qu’il faudra être courageux et obéissants. Et quand elle le dit, ses yeux brillent encore plus que le miroir de la petite salle de bain que papa nettoie tout le temps. Et elle ajoute: - Vous verrez, ce sera inoubliable, mes petits! Toi, Luca il faudra que tu sois fort pour tous les deux! Et toi, Luna, tu devras être obéissante pour tous les deux!

Dommage que Mémé Charlotte se trompe toujours… Nous sommes jumeaux, c’est vrai. Et nous nous ressemblons comme deux gouttes d’eau, c’est vrai aussi; mais c’est moi, qui devrai obéir pour deux, puisque c’est moi le plus fort pour obéir aux ordres, comme un super policier, alors que Luna, c’est l’experte pour désobéir! En revanche, c’est elle qui devra être courageuse pour deux, parce qu’elle est courageuse comme dix dragons, forte comme trois cyclopes, vigilante comme un aigle qui ne dort jamais. Moi… je suis le roi des froussards!

Le premier-jour-de selon Pépé Thibaud

Et Pépé Thibaud? Ben, lui ne nous parle du-premier-jour-de qu’à chaque fois qu’il nous voit, c’est-à-dire un après-midi sur deux. Il nous raconte comment ça s’était passé pour lui, les vêtements qu’il portait, ce qu’il avait oublié, ce qu’il n’avait pas dit, ce dont il n’avait pas eu l’air et ce qu’il n’avait pas su faire.

Bref, des tas de choses à faire…

Mamie Blanche-Marie et Papi Antoine, nous les voyons le weekend, quand ils viennent chez nous à cheval de leur tandem. Souvent, le samedi et le dimanche, ils jouent aux cartes avec nous ou nous lisent des histoires.

Hier, c’était samedi justement, Mamie Blanche-Marie, avant même de nous dire bonjour, nous a dit: Ça y est, j’ai recouvert tous vos livres pour le-premier-jour-de! Papi Antoine va les mettre dans vos sacs, comme ça vous serez enfin prêts pour l’aventure!

Nous nous sommes regardés avec Luna: aucune surprise dans nos yeux. Nous le savons déjà qu’il s’agit d’une aventure. Et encore une fois nous les avons laissé faire.

Ils ont mis un bon moment et ils se sont même disputés à propos de comment, quoi et combien… Nous, pendant ce temps-là, nous jouions aux pirates.

- Quand Papi Antoine et Mamie Blanche-Marie seront partis, c’est nous qui aurons beaucoup à faire - a murmuré Luna à mon oreille en fixant les sacs pleins à craquer de son œil non bandé.

J’ai tout de suite compris ce qu’elle voulait dire, pas besoin d’explications supplémentaires. Ce n’est pas pour rien que nous sommes jumeaux… presque identiques. Entre nous, il y a une sorte de magie; c’est maman qui dit ça souvent.

Ahhh… les adultes

Quand le soir fut enfin tombé, nous avons traîné les sacs jusqu’à notre chambre et nous avons tout retiré des sacs.

- Ces grand-parents! et nous avons retiré chaque livre, chaque cahier, chaque stylo, chaque gomme et chaque feutre en nous plaignant et en soupirant.

En gros, nous avons construit deux grandes tours toutes tordues avec tous ces objets, certes nouveaux mais inutiles.

- Mais ils n’ont aucune idée de ce qu’est une aventure? – me suis-je exclamé, très content de nous deux. – Moi, ils me font rigoler les adultes, Luna!

Allez, Luca, courage: prenons tout ce dont nous avons vraiment besoin et rangeons-le dans nos sacs du-premier-jour-de! Nous sommes désormais grands et débrouillards: nous avons presque six ans.

Prêts pour l’aventure?

Alors que les étoiles brillaient au-dessus de nos têtes presque identiques, nous avons organisé des mini-expéditions dans la cuisine, dans la grande salle de bain et dans le salon et nous avons fourré dans le sac bleu et le sac violet nos casques de camouflage, deux boussoles, quelques cartes du monde, deux sandwichs qui étaient pour papa, nos économies, des lunettes de soleil, les brosses à dent et le dentifrice, deux chapeaux, des bouteilles d’eau, un paquet de biscuits, un canif avec accessoires, deux peluches pour la nuit et deux pulls. Quand nous avons eu fini, la Lune est venue nous dire bonjour. Je suis sûr qu’elle sera une précieuse alliée au cours de notre aventure. Elle est d’ailleurs déjà amie avec ma sœur.

Ensuite, maman est venue dans notre chambre pour nous mettre en pyjama et nous dire bonne nuit; les sacs étaient tout prêts, silencieux, mystérieux, bien fermés au pied de nos lits.

- Bonne nuit, mes petits tigres! - nous a-t-elle dit comme toujours en nous faisant un bisou. – Prêts pour partir pour l’aventure la plus émouvante que vous n’ayez jamais faite?

Luna et moi, nous avons dit oui avec la tête.

Et c’est vrai que nous sommes émus. Vraiment!

Gabriella Santini
2 Agosto 2017

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