Bien-être à l’école ?

Les intelligences qui jouent!
juin 5, 2018
Tout comme Headu, la PISA (Programme for International Student Assessment), un programme d’enquêtes menées tous les trois ans à l’échelle internationale par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), dont l’objectif est de mesurer les compétences des élèves d’un vaste ensemble de pays, s’intéresse au "lifelong learning" - il ne pouvait en être autrement. Les enquêtes ne portent en effet pas exclusivement sur la maîtrise des contenus des programmes d’enseignement mais également sur la capacité des élèves à utiliser les compétences acquises au cours de leurs études afin de résoudre les problèmes et les difficultés de la vie quotidienne et de poursuivre leur apprentissage dans le temps (il s’agit bien de lifelong learning), même sans le support de la continuité…

Depuis l’année 2000, le nombre des Nations participant aux enquêtes n’a cessé d’augmenter, avec 43 pays en 2000 et bien 66 en 2012. Les épreuves concernent entre 4.500 et 13.000 élèves âgés de 15 ans et provenant des différents pays participant à l’étude. Au cours de la dernière enquête, le programme PISA a déplacé la focalisation de l’étude, ou plutôt l’a élargie: en effet, l’enquête intitulée "Do teacher-student relation affect student’s well-being at school" - (la relation enseignant-élève a-t-elle des effets sur le bien-être des élèves à l’école), a examiné pour la première fois dans quelle mesure le rapport entre enseignant et élève influence le sens d’appartenance des jeunes à leur école et au monde de l’école en général, et quelles en sont les répercussions sur les résultats scolaires. Quels sont donc les résultats obtenus en particulier en ce qui concerne le contexte italien? L’Italie se situe encore une fois en-dessous de la moyenne mondiale, dans l’ensemble des domaines sur lesquels porte l’enquête, y compris en ce qui concerne le bien-être et le bonheur à l’école. Nous avons donc décidé de mener plus loin notre propre enquête, beaucoup plus loin. Voici ce que nous avons découvert.

1 Rappelons que la Journée Mondiale du Bonheur, aujourd’hui internationalement reconnue, a été instituée en 2012 par l’Organisation des Nations Unies. Toutefois, la question cruciale est la suivante: le bonheur est recherché, cité, désiré, imité, copié, mais est-il également enseigné? D’une certaine manière et dans certaines écoles? Plus que jamais, face à la complexité, à l’étrangeté et aux mystères de notre époque nous devons nous efforcer de nous rappeler que le bonheur existe et qu’il peut être saisi, qu’il n’est pas une chimère mais un objectif réalisable.

2 Dans les écoles britanniques, par exemple, les critères de «sérénité et de bien-être» seront dorénavant pris en compte; il s’agit en effet de paramètres qui aussi bien en Grande-Bretagne qu’aux États-Unis sont considérés tout autant pertinents et fondamentaux que ne le sont les paramètres classiques et académiques. Il est intéressant de s’interroger sur cette évolution. En réalité, elle naît d’une constatation: les nouvelles générations anglo-saxonnes manquent de sérénité. Différentes études statistiques, répétées dans le temps, ont permis d’évaluer à 10 % le taux d’élèves britanniques souffrant de malaises psychologiques, tandis qu’un sur deux se considère «malheureux».

3 Seul le Japon est capable de faire pire et se classe derrière la Grande-Bretagne en se qui concerne le taux d’insatisfaction et d’infélicité. Le Ministère de l’éducation japonais a donc décidé d’intervenir en organisant des leçons en classe concernant le bien-être et l’empathie ainsi que des séminaires sur le bullisme, l’anxiété et la dépression.

4 Harvard, université privée américaine de Cambridge, dans le Massachussetts et bastion traditionnel du savoir américain, nous fournit encore une fois un exemple emblématique. Un cours de psychologie positive y a en effet été mis en place et attire plus d’étudiants que le cours d’économie qui jouit pourtant d’une renommée mondiale depuis toujours. Il s’agit donc d’environ 900 étudiants, anxieux d’apprendre… à être heureux. Une donnée qui devrait nous faire réfléchir.

5 D’un autre côté, le recteur et les élèves de l’institut privé «Wellington College» de Crowthorne, dans la contée du Berkshire, considèrent qu’il ne faut pas attendre de fréquenter l’université pour apprendre à être heureux ainsi que pour acquérir de bonnes manières mais que cela devrait être enseigné dès le lycée aux adolescents de 14 à 16 ans. Pourquoi? Parce qu’il s’agit d’une tranche d’âge délicate pendant laquelle les adolescents sont particulièrement fragiles et sont bombardés de messages, d’interrogations et d’input en tous genres. Entièrement absorbés par la construction de leur personnalité et de leur estime de soi, ils sont plus susceptibles d’être victime de dépression, d’anxiété et de stress. C’est pourquoi au Wellington College, une heure par semaine est consacrée à l’apprentissage du well-being, c’est-à-dire du bien-être.

6 Au lycée de Lerchenfeld de Hambourg, en Allemagne, ainsi que dans une centaine d’écoles allemandes, une nouvelle matière scolaire a été instituée: le bonheur, justement. Comment? Et bien, les profs proposent des exercices pratiques, parfois un peu futuristes ou surprenant – comme la «douche tiède» ou encore «le saut du haut de la scène» - qui ont pour objectif de permettre aux élèves de développer de manière habile et sans souffrances la prise de conscience des propres capacités, le sens d’appartenance à la communauté ainsi que l’estime de soi.

7 Depuis 2008, le lycée australien Geelong a adopté un programme intégré d’apprentissage de l’éducation positive, conjuguant enseignement et psychologie positive (https://www.youtube.com/watch?v=U4hG9UHXO0M). Ce programme vise la promotion du bien-être des élèves. Dans quel but? Dans le but de les aider à surmonter et vaincre la dépression, à se focaliser sur leurs objectifs, à affiner leurs compétences, le tout en évitant toute source d’angoisse.

8 Dans la région de l’Himalaya oriental, dans le Bhutan, les écoles prévoient, outre les manuels scolaires, des livres sur la méditation, les prières ainsi que sur le bonheur.

9 Voulez-vous en savoir plus? La Corée du Sud, semble compter le plus grand nombre d’élèves performants mais également le plus grand nombre d’élèves malheureux et mécontents de leurs écoles, tandis que les élèves péruviens sont les moins préparés sur le plan scolaire mais aussi les plus contents. S’agit-il donc d’incohérences statistiques ou de bizarreries explicables?

10 Et en Italie ? Sites, articles et pages web consacrés au sujet nous disent clairement que nous sommes loin de tout cela. L’enquête même de PISA OCSE permet de conclure que les élèves sont assez mécontents, qu’ils souffrent d’une angoisse de la performance supérieure à la moyenne, qu’ils sont de grands utilisateurs d’Internet (23 % surfe sur la toile plus de 6 heures par jour et 47 % éprouve un malaise lorsqu’ils sont privés de connexion) et que les enseignants semblent peu impliqués. Comme si cela ne suffisait pas, l’Italie occupe la quatrième position en ce qui concerne le manque de sentiment d’appartenance à l’école en raison du rapport profs-élèves. Bien que tout cela soit vrai, nous avons raison de croire que tout cela changera d’ici peu.

Qu’est-ce qui nous permet donc d’espérer? Malgré le fait que l’on en sache que bien peu, et que l’on en parle encore moins, en 2016, à Rome, un nouveau projet sur le bonheur, s’adressant aux élèves de toutes les écoles de tous les niveaux, a vu le jour. Le projet intitulé "Leçons de bonheur, développement du bien-être de la personne" est parrainé par l’Autorità Garante per l’Infanzia e l’Adolescenza (Autorité pour l’enfance et l’adolescence) et a été conçu et développé par la psychologue Regina Giudetti qui est également enseignante de… bien-être. Il prévoit des leçons en cercle et des techniques de brainstorming visant à enseigner aux élèves les techniques de base pour connaître et reconnaître les compétences, les talents et les capacités permettant de s’orienter de manière positive vers le présent et d’identifier les instruments nécessaires pour utiliser leurs propres ressources de manière optimale.



Centre de recherche Headu

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