Aider ou ne pas aider, voilà le problème

Trachinzol et le Dragon ailé
juin 5, 2018
16/04/2018


Aujourd’hui, à la télé, j’ai entendu dire que nous vivons dans une société individualiste. Cela signifie que tous pensent essentiellement à eux-mêmes. Les intérêts et les succès personnels sont donc placés au premier plan. Ceci m’a fait réfléchir: suis-je individualiste moi aussi? Est-ce que je pense uniquement à moi-même ou également aux besoins et au bien des autres?
En y pensant bien, peut-être suis-je vraiment individualiste. Les problèmes de la société sont graves: les guerres, la pauvreté, la violence… À tout cela, je ne peux pas y faire grand-chose, ce sont des problèmes trop grands pour moi. Si la société doit être changée ou améliorée, c’est à quelqu’un d’autre d’y penser.
Je suis en train de penser à tout cela en pédalant vers la maison de Giorgio. Nous allons finalement pouvoir jouer avec son nouveau jeu vidéo et j’ai trop hâte. Cela fait des semaines que nous en parlons et maintenant qu’il l’a reçu pour son anniversaire, nous pourrons enfin l’essayer. Je pédale le plus vite possible; plus j’arriverai tôt et plus nous aurons de temps pour jouer. Rien ne m’arrêtera.
J’évite de justesse un monsieur qui se promène avec son chien et je double à toute allure une dame avec une poussette. Je vois au loin une dame qui revient certainement juste du supermarché et qui est en train de décharger les sacs de sa voiture extra-pleine de courses. Tout d’un coup, un sac se perce et tout son contenu tombe par terre : boîtes de conserve, fruits et différents emballages roulent dans tous les sens sur la route. Apparemment rien ne s’est cassé heureusement mais la dame lève les yeux au ciel en soupirant d’impatience: «Je ne peux pas y croire!».
Mes pensées défilent. Et maintenant, qu’est-ce que je fais? J’ai tout vu, je pourrais regarder ailleurs et faire semblant de ne pas voir les courses éparpillées par terre et continuer à pédaler. Moi aussi j’ai des choses à faire ! Giorgio m’attend et j’ai fait mes devoirs à toute vitesse pour avoir plus de temps pour jouer avec lui.
Et pourtant, je ne peux pas m’empêcher de voir, même de loin, le visage de la dame. Elle a les mains occupées puisqu’elle porte les autres sacs de courses et regarde un peu inquiète les produits éparpillés sur la route. À voir comment elle se déplace, elle n’a pas l’air de bien savoir quoi faire: poser les sacs qu’elle tient à la main ou tenter de ramasser ce qui est tombé?
Je commence à freiner. Mais qu’est-ce que je fais? Pédale! Je suis sûr que si ça m’était arrivé, personne ne m’aurait aidé et j’aurais dû me débrouiller tout seul. Je me serais même senti un peu bête… Et si cela était arrivé à quelqu’un que je connais bien? Plus je la regarde et plus je me rends compte qu’elle a besoin d’aide.
Arrivé à quelques mètres d’elle, je me décide enfin: je vais lui donner un coup de main. Je freine presque en dérapant et je lui dis en descendant de mon vélo: «Je vous aide». La dame hoche la tête un peu indécise en me regardant ramasser les paquets et les boîtes qui traînent de partout.
Je sens bien qu’elle me surveille et qu’elle me regarde un peu méfiante. Je pense que je ferais la même chose à sa place. Elle ne me connaît pas et je pourrais tout autant être un petit voleur qui a sauté sur l’occasion pour lui voler ses courses. Mais ce n’est vraiment pas mon genre.
Une fois que j’ai eu fini de ramasser les produits, la dame me dit: «Merci. Pourrais-tu tout mettre dans le sac vide qui se trouve dans le coffre?». Je dis oui avec la tête et je mets tout dedans. Je remonte sur mon vélo, prêt à voler chez Giorgio.
La dame me fait un grand sourire: «Merci beaucoup, tu as été bien gentil. Heureusement qu’il existe des personnes comme toi, prêtes à aider les autres!» Je souris timidement et je file en pédalant.
Accidenti, sono orgoglioso di me stesso! Era così demoralizzata quando l’ho raggiunta, glielo si leggeva in faccia, ma è bastato un piccolo gesto per farla sorridere. In fin dei conti non ho neanche perso tanto tempo, ho ancora tutto il pomeriggio per giocare con Giorgio. Mi sento proprio bene, perché sento di averla fatta stare meglio.
Dis donc, je suis bien fier de moi! Elle avait l’air tellement démoralisée quand je suis arrivé, ça se voyait à son expression, mais un simple geste a suffi à la faire sourire. Finalement je n’ai même pas perdu de temps et j’ai encore tout l’après-midi pour jouer avec Giorgio. Je me sens vraiment bien parce que je sais que j’ai fait ce qu’il fallait. Évidemment, elle s’en serait sortie toute seule, même si je ne l’avais pas aidée. Elle aurait juste mis deux fois plus de temps et serait rentrée chez elle tout énervée. J’ai donc contribué à ce qu’elle se sente mieux.
D’un coup, un mot que j’ai entendu il y a quelques jours, me revient en tête: prosocial. Et je me rappelle que cela signifie adopter des comportements positifs envers les autres sans rien attendre en échange. Je pense que je suis prosocial, apparemment je tiens aux autres. Je ne suis pas aussi individualiste que ce que je croyais. Et finalement, peut-être que moi aussi je peux contribuer à ma manière à améliorer le monde dans lequel nous vivons.

Elisabetta Conte

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